Le communicateur émergent : comprendre son potentiel et développer sa communication

Un enfant et communicateur émergent pendant un moment d'échange et de complicité avec sa maman

 

Communiquer est un besoin fondamental. Avant même l’apparition des premiers mots, chacun développe des moyens d’entrer en relation avec son entourage : un regard qui cherche l’autre, une main qui se tend vers un objet, un sourire partagé, une expression du visage ou un geste pour attirer l’attention. Ces manifestations, parfois discrètes, traduisent déjà une intention de communiquer et constituent les premières bases des interactions sociales.

 

Certaines personnes continuent de s’appuyer principalement sur ces formes de communication naturelles. C’est le cas de nombreux enfants présentant un trouble du neurodéveloppement, une maladie génétique, une déficience intellectuelle ou un trouble moteur, mais également d’adultes vivant avec une aphasie, une lésion cérébrale acquise ou une maladie neurodégénérative. En Communication Alternative et Améliorée (CAA), ces personnes sont désignées sous le terme de communicateurs émergents.

 

Cette notion invite les professionnels à changer de perspective. Plutôt que d’évaluer une personne à travers ce qu’elle ne maîtrise pas encore, elle encourage à reconnaître les compétences déjà présentes, à comprendre comment elles s’expriment et à créer les conditions permettant leur développement. Chaque interaction devient alors une occasion d’apprendre, de partager et de renforcer la participation de la personne à sa vie quotidienne.

 

Comprendre le fonctionnement d’un communicateur émergent constitue ainsi la première étape d’un accompagnement réussi. Quels sont ses modes de communication ? Comment identifier ses compétences ? Quels sont ses besoins pour progresser ? Et comment favoriser des échanges toujours plus riches et fonctionnels ? Autant de questions auxquelles les professionnels sont régulièrement confrontés et auxquelles cet article propose d’apporter des éléments de réponse.

 

Cet article s’appuie sur notre expérience terrain auprès des orthophonistes et des familles accompagnées dans la mise en place de solutions de communication.

Qu’est-ce qu’un communicateur émergent ?

Une définition centrée sur les compétences

 

Le terme communicateur émergent désigne une personne qui possède une intention de communiquer mais qui ne s’appuie pas encore, ou seulement de manière occasionnelle, sur un système symbolique élaboré tel qu’une grille de pictogrammes, des mots écrits ou un dispositif de communication complet.

 

Cette définition ne correspond ni à un diagnostic, ni à une catégorie de personnes. Elle décrit un niveau de développement de la communication, susceptible d’évoluer au fil des expériences, des apprentissages et des interactions.

 

Le communicateur émergent communique déjà. Il cherche à influencer son environnement, à partager ses centres d’intérêt, à exprimer ses besoins ou ses émotions et à interagir avec les personnes qui l’entourent. Ses messages prennent simplement des formes différentes de celles auxquelles nous sommes le plus habitués.

 

Cette vision est essentielle en CAA : elle reconnaît que toute personne est capable de communiquer lorsque son environnement lui offre des partenaires attentifs et des supports adaptés à ses compétences.

 

Une approche fondée sur le potentiel

 

Parler de communicateur émergent revient à adopter une approche résolument positive et évolutive. Les compétences de communication ne sont pas considérées comme figées, mais comme un ensemble de capacités qui peuvent se développer tout au long de la vie.

 

Cette approche invite les professionnels à rechercher ce que la personne sait déjà faire, plutôt qu’à constater ce qu’elle ne fait pas encore. Elle s’inscrit pleinement dans les recommandations actuelles en matière de participation, d’autodétermination et d’accès à la communication.

 

L’objectif n’est donc pas d’amener la personne à utiliser un outil particulier, mais de lui permettre de communiquer plus efficacement dans les situations qui ont du sens pour elle.

Les compétences du communicateur émergent

La communication est naturellement multimodale. Les communicateurs émergents mobilisent simultanément plusieurs canaux pour transmettre leurs messages. Observer cette richesse permet de mieux comprendre leurs compétences et d’adapter les stratégies d’accompagnement.

 

Le langage corporel : le premier vecteur de communication

 

Le corps constitue le premier support de communication. Bien avant l’apparition des mots ou des symboles, il permet d’exprimer des intentions, des émotions et des préférences.

 

Le regard, les expressions faciales, les changements de posture, les mouvements des mains, les vocalisations ou encore les variations du tonus corporel fournissent autant d’indices sur ce que la personne souhaite communiquer.

 

Pour le professionnel, ces manifestations prennent toute leur valeur lorsqu’elles sont observées dans leur contexte. Un même geste peut traduire une demande, une protestation ou une invitation à poursuivre une activité selon la situation vécue.

 

Le pointage et l’attention conjointe

 

Le développement du pointage représente une étape importante dans la communication. Montrer un objet, orienter son regard vers un événement ou guider physiquement un partenaire permet d’établir une référence commune.

 

Cette capacité est étroitement liée à l’attention conjointe, c’est-à-dire la possibilité pour deux personnes de partager leur attention autour d’un même centre d’intérêt. L’attention conjointe constitue un véritable moteur du développement du langage et favorise l’émergence de nouveaux apprentissages.

 

Les fonctions de communication

 

Au-delà des moyens utilisés, il est essentiel de s’intéresser à l’intention qui sous-tend chaque interaction.

 

Un communicateur émergent peut notamment communiquer pour :

 

  • Demander un objet ou une activité
  • Exprimer un choix ou une préférence
  • Accepter ou refuser une proposition
  • Attirer l’attention d’un partenaire
  • Partager une émotion
  • Commenter une situation
  • Solliciter de l’aide
  • Participer à une activité sociale

 

Cette diversité montre que la communication dépasse largement la simple expression des besoins. Elle participe pleinement au développement des relations sociales et à la qualité de vie.

 

Des représentations de plus en plus symboliques

 

L’accès aux symboles s’effectue généralement de manière progressive. Les représentations les plus concrètes offrent souvent un meilleur soutien à la compréhension que les symboles plus abstraits.

 

Une progression fréquemment observée est la suivante :

 

  • Les objets réels
  • Les objets miniatures
  • Les photographies
  • Les scènes visuelles
  • Les pictogrammes
  • Les mots écrits

 

Chaque étape enrichit les possibilités de communication tout en préparant la suivante. Cette évolution reste cependant propre à chaque personne. Certaines continueront à privilégier les photographies ou les scènes visuelles tout au long de leur vie, tandis que d’autres évolueront vers des systèmes symboliques plus élaborés.

Comment la communication se développe-t-elle ?

Le développement de la communication ne suit pas un parcours unique. Il résulte d’une succession d’expériences vécues avec des partenaires disponibles, dans des situations motivantes et porteuses de sens.

 

Des interactions avant le langage

 

Les premières compétences se construisent dans les interactions du quotidien : un échange de regards, un jeu partagé, une routine familiale ou une activité plaisante.

 

À travers ces expériences répétées, la personne découvre que ses comportements produisent un effet sur son environnement. Elle apprend progressivement à attirer l’attention, à maintenir une interaction et à partager un intérêt avec autrui.

 

Ces expériences constituent les fondations de tous les apprentissages ultérieurs.

 

De l’expérience aux symboles

 

À mesure que les situations de communication se diversifient, la personne développe sa compréhension des représentations visuelles. Les photographies, puis les scènes visuelles, permettent de relier plus facilement les expériences vécues à leur représentation.

 

Cette continuité entre le réel et le symbole facilite progressivement l’accès à des formes de communication plus abstraites, comme les pictogrammes.

 

Une évolution qui ouvre la voie à la littéracie

 

Les compétences de communication et de littéracie se développent de façon étroitement liée. Observer un mot associé à une photographie, écouter un adulte raconter une scène vécue ou commenter ensemble une image contribue déjà à construire les bases de la lecture et de l’écriture.

 

Favoriser ces expériences dès les premières étapes de la communication permet d’enrichir le vocabulaire, de développer les compétences narratives et de soutenir durablement les apprentissages.

Évaluer un communicateur émergent : observer avant de mesurer

L’évaluation d’un communicateur émergent ne se limite pas à identifier les outils qu’il utilise. Elle cherche avant tout à comprendre comment la personne communique dans son environnement quotidien et quelles situations favorisent son engagement.

 

Une observation réalisée au cours d’activités authentiques apporte souvent des informations plus pertinentes qu’une évaluation exclusivement standardisée.

 

Identifier les compétences déjà présentes

 

L’observation clinique peut notamment porter sur plusieurs dimensions :

 

  • Les situations qui suscitent spontanément la communication
  • Les partenaires avec lesquels les échanges sont les plus riches
  • Les fonctions de communication les plus fréquemment utilisées
  • Les moyens employés selon les contextes
  • Le niveau de compréhension des messages adressés
  • La capacité à maintenir une interaction

 

Cette analyse met en évidence les ressources de la personne et permet d’adapter les objectifs d’accompagnement à son profil de communication.

 

Les stratégies de réparation : un révélateur du potentiel communicatif

 

Lorsqu’un message n’est pas immédiatement compris, de nombreux communicateurs émergents mettent spontanément en œuvre des stratégies de réparation. Ils peuvent répéter un geste, modifier leur pointage, changer leur regard, utiliser une vocalisation différente ou rechercher un autre moyen d’attirer l’attention de leur interlocuteur.

 

Ces ajustements témoignent d’une compréhension des règles de la communication et constituent un indicateur précieux du potentiel d’évolution de la personne.

Observer ces stratégies permet également d’identifier les attitudes des partenaires qui facilitent les échanges : laisser le temps de répondre, reformuler, valider les initiatives ou enrichir naturellement la conversation.

 

L’évaluation devient alors un véritable outil de compréhension. Elle ne cherche pas seulement à mesurer un niveau de compétence, mais à révéler les conditions dans lesquelles la communication peut continuer à se développer.

Les besoins du communicateur émergent : révéler son potentiel grâce à des interactions réussies

Le développement de la communication ne dépend pas uniquement des compétences de la personne. Il repose également sur la qualité des interactions qu’elle vit au quotidien, sur l’engagement de ses partenaires de communication et sur les opportunités qui lui sont offertes pour s’exprimer.

 

Chaque échange constitue une expérience d’apprentissage. Lorsqu’une personne constate que ses initiatives sont reconnues, comprises et valorisées, elle est naturellement encouragée à communiquer davantage, à explorer de nouvelles stratégies et à enrichir progressivement son répertoire communicatif.

 

Pour les professionnels comme pour les proches, l’objectif est donc moins de rechercher la « bonne réponse » que de construire un environnement favorable à la communication.

 

Favoriser des interactions porteuses de sens

 

Les situations les plus riches sont souvent les plus naturelles : un repas partagé, une promenade, un jeu, une activité de soin, un atelier ou encore un moment de lecture.

 

Ces contextes offrent de multiples occasions de communiquer, de commenter ce qui se passe, de faire des choix, de partager une émotion ou de raconter une expérience.

 

Le rôle du partenaire de communication est essentiel. Observer les initiatives de la personne, lui laisser le temps de répondre, interpréter ses intentions avec bienveillance et enrichir ses productions permettent de soutenir activement le développement de la communication.

 

Construire un environnement facilitateur

 

Les partenaires de communication jouent un rôle déterminant dans l’émergence de nouvelles compétences. Un environnement facilitateur s’appuie notamment sur quelques principes simples :

 

  • Reconnaître toutes les tentatives de communication, quelles que soient leur forme ou leur modalité
  • Privilégier des situations motivantes et fonctionnelles
  • Proposer des supports visuels en lien avec le quotidien de la personne
  • Offrir de nombreuses occasions d’interagir tout au long de la journée
  • Modéliser naturellement l’utilisation des supports de communication sans attendre une utilisation parfaite

 

Cette approche s’inscrit pleinement dans les principes de la CAA, qui considèrent que la communication se construit avant tout dans la relation.

Pourquoi les scènes visuelles constituent-elles un support particulièrement adapté ?

Parmi les nombreux outils utilisés en CAA, les scènes visuelles occupent une place singulière. Elles proposent une représentation riche d’une situation réelle à partir d’une photographie dans laquelle les éléments importants deviennent interactifs et porteurs de sens.

 

Contrairement à une grille de pictogrammes organisée par catégories, une scène visuelle présente un contexte complet : les personnes présentes, les objets, les actions, les émotions et l’environnement dans lequel se déroule l’interaction.

 

Cette contextualisation facilite la compréhension et rend la communication plus spontanée.

 

Une communication ancrée dans le quotidien

 

Les scènes visuelles s’appuient sur des situations familières et significatives pour la personne. Elles peuvent représenter un repas en famille, une sortie au parc, une séance de rééducation, une activité scolaire ou encore un moment partagé avec des proches.

 

Parce qu’elles reposent sur des expériences vécues, elles mobilisent plus facilement l’attention, les connaissances antérieures et la mémoire autobiographique.

 

La photographie devient alors un véritable support de conversation, permettant d’évoquer le passé, de commenter le présent ou de préparer une activité à venir.

 

Un pont entre l’expérience et les symboles

 

Les scènes visuelles occupent une place intermédiaire entre le monde réel et les systèmes symboliques plus abstraits.

 

Elles permettent progressivement de développer :

 

  • Le vocabulaire réceptif et expressif
  • Les capacités de narration
  • L’attention conjointe
  • Les échanges autour d’événements vécus
  • La compréhension des relations entre les objets, les personnes et les actions

 

Pour de nombreux communicateurs émergents, elles constituent ainsi une passerelle naturelle vers l’utilisation des pictogrammes, sans pour autant chercher à les remplacer.

Snap Scene : exploiter le potentiel des scènes visuelles au service de la communication

Développée par Tobii Dynavox, Snap Scene permet de créer très simplement des scènes visuelles personnalisées à partir de photographies prises dans l’environnement quotidien de la personne.

 

L’application transforme une image en support interactif : il devient possible d’associer des zones de la photographie à des messages vocaux, du texte ou des commentaires, créant ainsi des occasions d’échange directement ancrées dans les expériences de vie.

 

Cette approche évolutive répond aux besoins de nombreux communicateurs émergents, quels que soient leur âge ou leur profil.

 

Accompagner le développement de la communication

 

En utilisant des photographies familières, Snap Scene favorise des conversations authentiques autour de situations qui ont du sens pour la personne.

 

L’attention n’est plus portée sur l’apprentissage d’un nouvel outil, mais sur le plaisir d’échanger, de raconter, de commenter ou de partager une expérience.

 

Les scènes peuvent également évoluer au fil des progrès de l’utilisateur en intégrant progressivement davantage de vocabulaire, de commentaires ou de représentations symboliques.

 

Soutenir la littéracie émergente

 

Les premières compétences en littéracie se développent bien avant l’apprentissage formel de la lecture.

 

Associer des mots écrits à des photographies, raconter une histoire vécue, identifier les personnes présentes sur une image ou enrichir progressivement le vocabulaire favorisent le développement du langage oral et écrit.

 

Les scènes visuelles offrent ainsi un contexte particulièrement riche pour développer les compétences narratives et soutenir les premiers apprentissages en littéracie, dans une approche fonctionnelle et motivante.

 

Favoriser la compréhension et soutenir les comportements

 

Les supports visuels constituent également une aide précieuse pour comprendre les situations du quotidien.

 

Une scène représentant une activité familière permet d’anticiper son déroulement, d’expliciter les attentes ou de revenir sur une expérience vécue afin d’en faciliter la compréhension.

 

En donnant davantage de sens aux situations et en soutenant la compréhension mutuelle, les scènes visuelles contribuent à rendre les interactions plus fluides et plus sereines.

 

Une application pertinente en aphasiologie

 

Les bénéfices des scènes visuelles ne concernent pas uniquement les enfants.

 

Chez les personnes aphasiques, les photographies personnelles constituent un puissant support conversationnel. Elles facilitent l’évocation lexicale, soutiennent les échanges avec les proches et permettent de maintenir une participation active malgré les difficultés d’expression.

 

Les scènes visuelles favorisent également une communication plus naturelle en s’appuyant sur les expériences de vie de la personne plutôt que sur des supports décontextualisés.

 

Accompagner les personnes vivant avec une maladie neurodégénérative

 

Chez les personnes présentant une maladie neurodégénérative, les scènes visuelles offrent des repères concrets qui soutiennent la mémoire autobiographique et facilitent les échanges avec l’entourage.

 

Les photographies de proches, de lieux familiers ou d’événements marquants permettent de maintenir une communication centrée sur les capacités préservées et de favoriser la participation aux interactions sociales.

Développer la communication, une interaction après l’autre

Accompagner un communicateur émergent ne consiste pas à attendre l’acquisition des pictogrammes ou d’un outil de communication complet avant de multiplier les échanges. Au contraire, c’est reconnaître que chaque regard, chaque geste, chaque photographie partagée ou chaque moment vécu ensemble représente une occasion de communiquer et d’apprendre.

 

Cette approche invite les professionnels à considérer la communication comme un processus dynamique qui se construit dans la relation, en s’appuyant sur les compétences déjà présentes et sur des expériences porteuses de sens.

 

Les scènes visuelles illustrent parfaitement cette philosophie. En reliant les situations du quotidien aux interactions de communication, elles offrent un support accessible, motivant et évolutif pour de nombreux communicateurs émergents.

 

Dans cette perspective, des solutions comme Snap Scene trouvent naturellement leur place au sein des pratiques de Communication Alternative et Améliorée.

 

Plus qu’un outil, elles constituent un moyen de créer des conversations authentiques, de soutenir le développement de la littéracie et de favoriser la participation de chacun à sa vie sociale.

 

Car accompagner un communicateur émergent, c’est avant tout reconnaître que toute personne a quelque chose à dire et mérite de disposer des moyens les plus adaptés pour le partager.

CENOMY by Tobii Dynavox, 20 Juillet 2026 | Le communicateur émergent : comprendre son potentiel et développer sa communication

 

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