Surdité : communiquer et développer l’alphabétisation

Surdité : communiquer et développer l’alphabétisation

Camille, Ergothérapeute et Conseillère-Evaluatrice CENOMY (Master Sciences du Langage – Diplôme de Compétence en Langue (DCL) : Langue des Signes Française (LSF) – DU Sciences neuropsychologiques –  DU Traumatismes crâniens de l’enfant et de l’adolescent – syndrome du bébé secoué – DE) nous fait part de son expertise.

 

Selon la Fédération Nationale des Sourds de France (FNSF), 1 bébé sur 1 000 nait sourd.

En France, on compte 6 millions de personnes sourdes, dont 500 000 ayant une surdité sévère à profonde[1], et seulement 283 000 personnes qui utilisent la Langue des Signes Française[2] pour communiquer.

On estime que 34 % d’entre eux rencontrent des difficultés pour accéder à l’emploi, aux loisirs et sont confrontés à l’isolement social.

Dans le cadre d’une surdité congénitale, le dépistage néonatal peut établir le diagnostic dès la naissance.

Un dépistage dès la petite section de maternelle ou premiers doutes évoqués par les parents est important en cas de surdité plus tardive.

Communiquer avec la langue des signes

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne suffit pas de connaître l’alphabet dactylologique ou des mots de vocabulaire en langue des signes pour traduire le français mot à mot. 

Echosciences Grenoble

Alphabet LSF - Albert Tabaot

Alphabet LSF[3]

Une langue à part entière

Non sans peine, la loi du 11 février 2005 reconnaît la Langue des Signes Française (LSF) comme “langue à part entière”.

A noter que l’on parle de langue et non de langage ; cette notion est très importante.

Un langage permet une communication non grammaticale, or, la LSF possède sa propre syntaxe complète.

En effet, elle est élaborée à partir de règles permettant de construire des phrases, sa propre grammaire et vocabulaire.

En revanche, sa syntaxe est très éloignée de celle du français où les phrases sont construites ainsi : sujet – verbe – complément, tandis que la LSF s’articule de la manière suivante : temps – lieu – sujet – action.

Pour construire sa phrase, le locuteur commence par placer l’action dans le temps.

La ligne temporelle est perpendiculaire à son corps : le passé est dans son dos, le présent au niveau de son corps et le futur devant le locuteur.

D’après Echosciences Grenoble

 

La LSF dépend de 5 variables :

  • La configuration de la main et des doigts
  • L’orientation de la main
  • Le mouvement
  • L’emplacement du signe dans l’espace
  • L’expression du visage

L’importance de l’expression du visage

Accompagner le signe d’une expression du visage et/ou de mouvements du corps est indispensable en LSF.

Les mimiques du visage, des yeux, des sourcils, de la bouche ou même des joues renseignent l’interlocuteur sur la vitesse de l’action, la taille d’un objet ou la quantité.

Les expressions du visage expriment également le mode de discours : négatif, interrogatif, exclamatif ou affirmatif, et peuvent aussi nuancer le sens pour un même signe.

A savoir qu’un signe peut avoir plusieurs sens différents.

Ainsi, la personne sourde aura besoin de voir les expressions du visage pour mieux comprendre le sens du signe.

« Les personnes sourdes utilisent l’expression du visage pour communiquer et s’exprimer, de même que les entendants utilisent leur voix pour exprimer un sentiment comme la colère, la joie, la tristesse, etc. » – Fondation Orange

« Ça va ? »

« Oui, très bien ! » – avec un sourire pour accentuer l’état

« Je suis triste » – avec une moue

Progresser vers l’alphabétisation lorsqu’on est atteint de surdité

La population sourde est très hétérogène.

L’un des principaux facteurs favorisant la réussite des élèves sourds est la maîtrise précoce d’une langue première structurée et de qualité.

Par ailleurs, les études en neurosciences montrent qu’avant l’entrée en maternelle, il existe une période sensible durant laquelle il est important que les enfants soient plongés au cœur d’un bain de langage, au centre d’interactions précoces pour favoriser leur développement aussi bien linguistique qu’affectif.

Dans le but de promouvoir l’alphabétisation pour tous, des journées internationales sont organisées chaque année pour « veiller à ce que l’alphabétisation continue de figurer aux premiers rangs des préoccupations nationales et internationales »[4] tant sa maîtrise est indispensable au quotidien.

L’alphabétisation, c’est quoi ?

Si l’on se réfère à la définition donnée par le Petit Robert, l’alphabétisation est « l’enseignement de l’écriture et de la lecture aux personnes analphabètes d’une population ou à des personnes ne connaissant pas l’alphabet donné ».

Cette définition donne d’emblée une dimension sociale.

De façon plus générale, l’alphabétisation est l’apprentissage des calculs, de l’écriture et de la lecture.

Elle est nécessaire dans l’acquisition d’outils pour comprendre le monde environnant et y agir politiquement, socialement et culturellement.

L’alphabétisation participe à l’autonomie et améliore la qualité de vie.

« Quand on ne sait ni lire, ni écrire, le monde se rétrécit » – Orphelin des mots de Gérard LOUVIOT

A qui s’adresse l’alphabétisation ?

Selon certaines lectures, l’alphabétisation commence à la naissance, se développe graduellement au fil du temps et doit être nourrie.

L’alphabétisation est le fondement d’apprentissage de toute la vie.

L’alphabétisation est un droit humain et s’adresse donc à tous sans distinction d’âge, de sexe, de religion, de culture, d’origine sociale ou de handicap.

Par ailleurs, depuis la loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées du 11 février 2005, qui stipule que tout enfant en situation de handicap peut être scolarisé dans un établissement scolaire ordinaire, on comptabilise 430 000 élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire à la rentrée 2022, contre 118 000 en 2006.

Mais qu’en est-il vraiment des enfants présentant une surdité ?

Agir pour l’inclusion et développer un langage commun

École inclusive

Le taux d’illettrisme chez les enfants sourds en âge de maitriser l’écriture et la lecture est proche des 80%.

Malgré la loi de 2005, l’inclusion des enfants en situation de handicap en milieu scolaire demeure un défi de taille quant à la démarche pédagogique et les moyens humains à mobiliser.

Inclure un enfant sourd au sein d’une école ordinaire, sans possibilité de communiquer, pourrait malheureusement renforcer l’exclusion plutôt que l’inclusion.

Une enquête menée par la Direction de l’Évaluation, de la Prospection et de la Performance (DEPP), sur des élèves de CM1 et CM2 atteints de déficience auditive, confirme les difficultés en lecture des élèves sourds par rapport aux autres.

L’étude montre que 40% présentent une fragilité en lecture et compréhension.

Intégrer des cours de LSF au programme scolaire, par exemple sous forme d’option dans l’enseignement supérieur, pourrait sensiblement favoriser l’inclusion et réduire les discriminations envers les personnes atteintes de surdité.

Toute action de sensibilisation, dès le plus jeune âge et auprès de tout public, permet de mieux faire accepter et comprendre les différences de chacun ;

Les peurs et le manque de connaissances sont souvent synonymes de rejet.

Aujourd’hui, plusieurs campagnes continuent d’être menées pour mettre en avant l’alphabétisation, la LSF et l’accès à sa formation et par conséquent, faire un pas de plus vers l’égalité pour tous.

Notons tout de même que la LSF n’est pas universelle ; d’une région à une autre, les signes peuvent différer.

Utiliser la CAA comme langage commun

Rappelons que la communication est un droit universel et un besoin fondamental pour tous.

Au-delà de la LSF, il existe des solutions de Communication Alternatives Améliorées (CAA) telles que les aides électroniques ou technologies d’assistance.

En revanche, il est indispensable que les professionnels de santé soient formés à la CAA pour sensibiliser les parents d’enfant(s) sourd(s) sur la nécessité de mettre en place une communication adaptée, dès l’annonce du diagnostic.

Lightwriter SL50 est une aide à la communication textuelle dédiée aux utilisateurs alphabétisés et dont la communication est altérée.

A partir du clavier à touches mécaniques, il est possible d’interagir et communiquer avec son interlocuteur grâce à la fonction de synthèse vocale.

L’appareil peut se connecter en Bluetooth depuis un Smartphone pour envoyer ou recevoir des appels et SMS, à partir d’une voix de synthèse qui retranscrit le message.

La tablette tactile TD I-110 est préconisée pour répondre à toute forme de handicap permettant l’accès tactile.

Le logiciel TD Snap intégré encourage une communication textuelle fluide et intuitive, grâce aux fonctionnalités de prédiction de mots ou phrases, et d’un langage qui s’adapte au style d’expression de l’utilisateur.

SC Tablet offre des possibilités similaires sur environnement iOS.

CENOMY, 21 Septembre 2022 | Surdité : communiquer et développer l’alphabétisation

Contact presse : marketing@cenomy.com

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